Le « Goulag syrien » après Assad : continuité et fragmentation du pouvoir carcéral
DECEMBRE 2025 par Éloïse Franzmann
« Le châtiment apparaît comme un rituel politique destiné à reconstituer la souveraineté un instant blessée » (Foucault, Surveiller et punir, 1975)
Le 8 décembre 2024, une offensive éclair des troupes rebelles de Hayat Tahrir al-Cham (HTC), menée par Ahmed Al-Charaa, met fin au règne de la famille Assad en Syrie. Le renversement de la dynastie Assad, alors au pouvoir depuis 1963, constitue un bouleversement majeur au sein du pays. En quelques jours, la Syrie est marquée par la formation d’un nouveau gouvernement, le retour massif d’exilés et la promesse de réformes institutionnelles : un monde bascule.
Pourtant, au cœur de ce tumulte révolutionnaire, le système carcéral apparaît comme une constante étatique. Dans ce maintien du dispositif punitif se manifeste tout le paradoxe du changement syrien : la chute du régime ne modifie pas pour autant les structures de pouvoir d’antan. Selon Michel Foucault, le système carcéral procède de la mise en œuvre d’une véritable technologie de pouvoir fondée sur la surveillance, la normalisation et la punition. La pénalité d’emprisonnement n’aurait pour véritable fonction que le renforcement du pouvoir étatique, par la production d’individus dociles et contrôlables. La prison est ainsi le miroir du politique, elle réfléchit les logiques de domination qui, d’un régime à l'autre, se métamorphosent ou subsistent. Les systèmes carcéraux peuvent ainsi se révéler particulièrement efficaces pour analyser les dynamiques de pouvoir depuis le changement de régime en Syrie.
La dynastie Assad, qui a dirigé la Syrie de 1970 jusqu’à son renversement en décembre 2024 par les forces de HTC, a institutionnalisé un système de pouvoir autoritaire centré autour du parti Baas. C’est en 1970 que Hafez el-Assad, issu de la minorité alaouite, s’empare du pouvoir à la suite d’un coup d'État interne au parti Baas, formation politique qui domine la vie institutionnelle depuis son accession au pouvoir en 1963. Celui-ci est une branche régionale d’un mouvement panarabe fondé dans les années 1940 et promeut une idéologie nationaliste, socialiste et séculière, articulée autour des principes d’ « unité, liberté, socialisme ». Cependant, sous la direction des Assad, cette idéologie est instrumentalisée pour légitimer un contrôle totalisant de l’État sur la société. En se présentant comme l’unique garant de l’unité nationale face aux divisions confessionnelles et aux menaces extérieures, le baasisme syrien a constitué le socle d’un système de pouvoir centralisé et répressif. Les constitutions syriennes de 1973, puis de 2012, ont institutionnalisé le rôle dirigeant du parti Baas. C’est dans ce cadre idéologique et politique que la prison devient un instrument essentiel de gouvernance, permettant à un régime dirigé par une minorité de se perpétuer par la surveillance, la coercition et surtout par l’élimination des dissidents.
Pour autant, l’utilisation des prisons en tant qu’instrument de pouvoir en Syrie remonte à une pratique antérieure à la dynastie Assad. Le système carcéral syrien ne naît pas ex nihilo avec la prise de pouvoir d’Hafez el-Assad, mais se forge à partir de l'influence de modèles extérieurs multiples. De fait, la collaboration étroite avec le KGB pendant la Guerre froide, a permis à la Syrie d’envoyer des officiers se former dans les écoles du GRU et du KGB à Moscou et Leningrad, important des techniques avancées de surveillance et de répression, notamment dans la formation des moukhabarats et l’organisation des services de renseignement intérieur. Ces influences, non seulement logistiques mais idéologiques, font de la prison un outil de gouvernement total où les opposants politiques de l’État ne sont plus jugés mais administrés. Les historiens Ugur Ümit Üngor et Jaber Baker qualifient dès lors le régime de « Goulag syrien » pour caractériser la brutalité systémique et la fonction politique de répression. Bien que l’historiographie ne s’accorde pas sur son degré d’influence, l’expertise de l’ancien criminel de guerre nazi Aloïs Brunner, devenu conseiller du régime Assad, aurait également joué un certain rôle dans la technologie carcérale du pays.
Si la continuité historique de ce dispositif carcéral est réelle, le régime Assad a étendu la cruauté du système et en a radicalisé la logique. Avec la prise de pouvoir d’Hafez el-Assad en 1970, la prison se dessine comme la clé de voûte du pouvoir politique.
Dès 1983, le sociologue Michel Seurat publie un article sur le système de pouvoir syrien qu’il qualifie d’« État de barbarie ». Son ambition est de « saisir la tyrannie dans toute sa réalité » et à travers son article L'État de barbarie. Syrie 1979-1982 publié dans la revue Esprit, celui-ci démontre que la violence politique et la répression sont des mécanismes constitutifs du pouvoir. Un tel renforcement dans la violence du système carcéral syrien est indissociablement lié à la nature minoritaire du régime baasiste. Dans ce contexte, la prison devient un outil de préservation de la coalition minoritaire alaouite au pouvoir. Les Assad sont en effet issus de cette communauté confessionnelle, branche de l’islam chiite, qui accède au sommet de l’Etat par l’armée et le parti Baas. Ce dernier, en se présentant comme un mouvement nationaliste arabe, offrait un cadre idéologie permettant de transcender – en apparence du moins – les appartenances communautaires. En réalité, il est devenu un levier de mobilité sociale pour la communauté alaouite, autrefois marginalisée économiquement et socialement sous l’Empire ottoman. Cette position dominante d’une minorité a cependant entretenu un sentiment de vulnérabilité au sein du régime. Pour neutraliser toute menace, qu’elles soient réelles ou perçues, le pouvoir a systématisé une gouvernance par la peur, dans laquelle le système carcéral et les milices parallèles jouent un rôle central. Parmi ces dernières, les Chahiba – milices informelles composées en majorités d’alaouites – ont servi de bras armé extra-judiciaire du régime. Ces milices, bien qu’actives dès les années 1980, ne sont massivement déployées qu’après 2011 et s’impliquent dans la répression des manifestations, les arrestations arbitraires ou encore la surveillance des populations.
La prison, dans ce même schéma, n’est pas seulement un lieu de punition, mais un pilier d’un système de contrôle destiné à protéger une hégémonie minoritaire – celle des alaouites – en criminalisant toute forme de contestation. La répression carcérale tend ainsi à varier selon le sentiment d'insécurité et de menace perçus par les dirigeants syriens. En ce sens, le massacre de la prison de Palmyre, le 27 juin 1980, s’inscrit dans ce paradigme de la peur rationalisée. En représailles à une tentative d’assassinat contre le président syrien Hafez el-Assad, l’Etat organise l’élimination d’opposants islamistes. Ce massacre visait ainsi à décimer toute opposition politique dans un climat de terreur extrême, et consacre l’usage systématique de la violence par le régime pour écraser toute opposition et maintenir un contrôle absolu. L’impact de ce pouvoir du renseignement sur la vie politique et la société syrienne a été profond et durable. Les moukhabarats, agissant comme un Etat dans l’Etat ont infiltré tous les niveaux de l’administration, des universités, des syndicats et des réseaux professionnels, transformant chaque citoyen en sujet potentiellement surveillé. Leur capacité à arrêter, détenir et faire disparaître quiconque a anéanti l’espace public et civique. Politiquement, cela s’est traduit par la dévitalisation complète de la scène partisane, toute opposition organisée a été écrasée. Le pouvoir réel ne résidant non pas au Parlement, mais bien dans les bureaux des services de renseignement.
Le soulèvement de 2011 qui débute dans le contexte du Printemps arabe mais également la guerre qui s’ensuit provoquent une fragmentation profonde de la Syrie, tant territoriale que politique. Le régime de Bachar al-Assad, contesté par un mouvement de protestation majoritairement sunnite, voit son autorité se réduire à Damas, quelques axes stratégiques et zones littorales. Face à lui, une mosaïque d’acteurs émerge : l’Armée syrienne libre, des groupes islamistes plus radicaux, les Forces démocratiques syriennes (FDS) ou encore l’organisation Etat Islamique, qui proclame un califat sur de vastes territoires. C’est dans ce contexte de guerre et de redéfinition des souverainetés que le système carcéral, outil de répression par excellence, connaît une mutation et expansion fulgurante. De fait, la brutalité ne cesse d’y croître et les prisons secrètes se multiplient. Les systèmes carcéraux syriens sont véritablement encastrés dans le modèle étatique et l’administration carcérale, pensée comme un système organisé et industriel, repose autour de quatre grandes catégories d’établissements : les prisons du renseignement (les moukhabarats), les prisons centrales civiles, les prisons secrètes ainsi que les prisons civiles sous tutelle du ministère de l'Intérieur. Ces entités sont intégrées à une bureaucratie répressive complexe, orchestrée par les quatre principales agences de renseignement : le Département du renseignement militaire, la Direction générale du renseignement, la Direction du renseignement de l’armée de l’air et le Département de la sécurité politique. Ces agences partagent une structure hiérarchique centralisée dont le siège est à Damas, avec des branches centrales spécialisées (investigation, information, opérations spéciales) et des branches provinciales. Elles contrôlent un maillage étendu de centres de détention, répartis entre branches centrales et régions, avec au total plus d’une centaine de lieux identifiés, incluant des prisons strictement secrètes où s’exercent tortures et interrogatoires violents hors de toute visibilité judiciaire. Les transferts de détenus sont courants et permettent la circulation des prisonniers entre ces branches.
La répression pénale s’appuie aussi sur des comités et organes comme la Commission centrale de gestion de crise (CCMC) créée en 2011, le Bureau national de sécurité (NSB) et les comités de sécurité régionaux qui coordonnent les opérations d’arrestation et de détention sur le terrain, répondant aux directives de la présidence syrienne qui contrôle directement ce dispositif. Le rôle clé de ces structures est de neutraliser toute opposition réelle ou perçue par un appareillage sécuritaire étendu, militarisé et hiérarchisé, où la détention est un instrument politique majeur du régime.
La prison Saidnaya, affiliée au ministère de la Défense et relevant de la compétence de la police militaire, s’érige en symbole du modèle carcéral syrien, synonyme de terreur et d’oppression. Souvent décrite dans les médias comme un véritable « abattoir humain » du régime Assad, la pratique de viols, de pendaisons collectives et autres actes de torture y était frequemment exercée. Cette prison, entourée de champs de mines pour bloquer toute évasion, était le lieu d’emprisonnement massif de détenus politiques, des membres de l’opposition ; qu’ils soient communistes, journalistes, chrétiens, chiites ou autres. Un rapport d’Amnesty international estime que la prison militaire de Saidnaya est l’endroit où « le gouvernement syrien massacre en silence son propre peuple ». De fait, ce sont des milliers d’individus qui y ont été massacrés. Les cadavres des détenus morts dans des conditions extrêmement dures étaient entassés dans des « chambres à sels », pièce aménagée avec une épaisse couche de sel, permettant d’éviter la putréfaction et la puanteur des corps en l’absence de chambre froide. Cette méthode a été adoptée à partir de 2013, au plus fort des violences dans les prisons syriennes, où des milliers de détenus sont morts sous la torture, la maladie ou la faim.
C’est dans la nuit du 7 au 8 décembre que les rebelles de Hayat Tahrir Al-Cham ont libéré les plus de 20 000 détenus de la prison de Saidnaya. Au-delà de l’acte de libération, l’ouverture des prisons revêt une portée hautement symbolique et politique : clore l’ère Assad, une ère de terreur et ainsi reconnaître la souffrance du peuple syrien.
En effet, lors d’une interview accordée à Mediapart, le politologue franco-libanais Ziad Majed affirme qu’« En Syrie, on est envahis par la joie et on prend conscience qu’un régime tombe non pas quand le palais présidentiel est envahi mais quand on ouvre les portes des geôles ». Si la chute du pouvoir est manifeste par l’ouverture des prisons, cela est dû au fait que le régime assidien se maintenait, à bout de bras, par la répression. La destruction de l’appareil répressif du régime confère ainsi une dimension réelle et concrète à sa fin aux yeux de la population syrienne. Le processus de chute du régime de Bachar al-Assad passe ainsi par la levée du voile des horreurs carcérales.
La collection de preuves des exactions du régime s’est déroulée immédiatement après la fuite de Bachar al-Assad par des équipes spécialisées dans les fouilles médico-légales, afin d’éviter la détérioration de potentielles preuves utilisables dans des procès. Ainsi, recueillir de simples documents devient essentiel à la mise au jour de l’ensemble des rouages du système carcéral syrien. Bien sûr, les familles des disparus participent elles-aussi activement aux recherches, dans l’espoir de retrouver ne serait-ce que les corps de leurs proches disparus, pour les enterrer. En ce sens, la libération des prisonniers constitue un levier de légitimité politique pour le nouveau pouvoir qui se montre à l’écoute des mémoires syriennes.
Dans cette dynamique, Ahmed Al-Charaa a adopté dès le 13 mars 2025 une déclaration constitutionnelle consacrant le principe de justice transitionnelle. L’article 48 de son chapitre 4 prévoit non seulement l’abrogation des lois d’exception contraires aux droits de l’Homme, mais aussi l’annulation des effets des décisions injustes rendues par la Cour antiterroriste et utilisées pour réprimer le peuple syrien ; ainsi que l’abrogation des mesures de sécurité exceptionnelles relatives aux documents civils et immobiliers, que l'ancien régime a utilisées pour réprimer le peuple syrien. Ces lois, en contradiction totale avec les principes universels des droits de l’Homme, permettaient la détention arbitraire de milliers de détenus et la suppression de toute opposition politique. C’est pourquoi ces quelques mesures incarnent un changement majeur, en rompant le cycle de l’impunité qui prévalait sous le régime d’Assad.
Ce changement institutionnel profond est renforcé par l’Article 49, qui prévoit la création d’une Commission de justice transitionnelle, chargée de garantir le droit à la vérité et à la mémoire des victimes, mais également la criminalisation de la glorification de l’ancien régime d’Assad. La reconnaissance des torts subis par les victimes du régime s’inscrit dans une dynamique de rupture, où la reconstruction politique et juridique de la Syrie est affichée au premier plan.
Bien que les annonces de réformes soient prometteuses, leur application pratique suscite des interrogations. Cette méfiance à l’égard n’est pas sans fondement, au regard des pratiques observées dans les territoires contrôlés par HTC dans le nord-ouest de la Syrie, notamment à Idlib au cours du conflit. Dans l’enclave d’Idlib, HTC avait mis en place son propre appareil sécuritaire et judiciaire, articulé autour d’un réseau de prisons se substituant progressivement aux structures étatiques antérieures. Ces institutions, qui se présentaient comme une alternative à la tyrannie d’Assad, ont été régulièrement dénoncées par des organisations de défense des droits humains pour des arrestations arbitraires, des détentions prolongées ainsi que pour la répression des dissidents politiques. Human Rights Watch a ainsi documenté 11 cas dans lesquels HTC a détenu des locaux d’Idlib en raison de leur participation à des protestations contre la domination du groupe, six d’entre eux ayant été soumis à la torture. La gestion carcérale y répondait à une logique de contrôle territorial et de consolidation autoritaire du pouvoir par la coercition, reproduisant, sous d’autres formes idéologiques et institutionnelles, certains schémas répressifs du régime combattu.
Par conséquent, en dépit de projets de réformes, les structures carcérales et sécuritaires n’ont pas radicalement changé. Au contraire, la continuité de la bureaucratie carcérale est univoque avec la création d’un appareil sécuritaire centralisé, dont la structure regroupe les Moukhabarats (anciens services de renseignement). Par ailleurs, les arrestations arbitraires croissantes des alaouites, avec pour seul prétexte la lutte contre les partisans de l’ancien régime, témoigne d’une forme de criminalisation de toute forme d’opposition.
Malgré la prise du pouvoir par les forces rebelles d’Ahmed Al-Charaa, la gestion carcérale est fragmentée. De fait, le principal défi pour le nouveau régime syrien est celui d’imposer son contrôle sur un territoire qui lui échappe jusqu’alors, l’Administration autonome démocratique du Nord-Est syrien, sous le contrôle kurde. Les Kurdes contrôlent trois provinces dans le nord et l’est du pays où les camps d’Al-Hol et de Roj comptent encore de nombreux prisonniers. Ces camps, administrés par les Forces démocratiques syriennes (FDS), concentrent en effet des dizaines de milliers de personnes, constituant une zone grise juridique et sécuritaire hors de la portée du nouveau pouvoir central de Damas. Par ailleurs, la rivalité historique entre HTC et l’Etat Islamique (EI), née de leur scission respective avec Al-Qaïda et marquée par des affrontements idéologiques et militaires acharnés à Idlib, a conduit, dans les zones précédemment tenues par HTC comme Idlib, à une forte répression et à l’emprisonnement de tout individu soupçonné d’affiliation à l’EI. Cette fragmentation de la gestion carcérale est symptomatique d’une transition institutionnelle qui demeure inachevée. L’Administration autonome démocratique du Nord-Est syrien demeure le plus grand défi : les kurdes entendent conserver le contrôle de ces camps comme un élément de leur souveraineté.
Pour autant, le soutien des Forces démocratiques syriennes pourrait largement contribuer à la stabilisation du nouveau régime de Damas. Al-Charaa semble en être conscient, il a lui-même proposé d’intégrer individuellement les combattants kurdes au sein de l’armée syrienne. Toutefois, les FDS conditionnent leur ralliement aux forces militaires syriennes à une intégration en bloc. D’autres conditions imposées par les FDS, comme le fait de garder le contrôle civil dans les zones sous leur autorité et ce, à travers les institutions déjà établies, fait naître le sentiment du côté syrien que des négociations pourraient aboutir dans la seule mesure où la situation des FDS, dans la pratique, demeurerait inchangée.
Si la possibilité d’une fusion immédiate des institutions de l’administration autonome kurde au sein du régime d’Al Charaa semble lointaine, la situation ne semble pas être vouée au blocage. Bien au contraire, dans un entretien consacré à Mediapart, Nesrîn Abdullah, commandante en chef de l’armée des femmes au Rojava avoue que « Bien que la discussion n’ait pas eu lieu dans les bonnes conditions, nous restons ouverts car le principal but des FDS est de garantir la sécurité des peuples de Syrie ».
D’un point de vue international, la récente ouverture des prisons syriennes a été le terreau de nombreux rapports (notamment ceux de l’organisation Amnesty international). Cette accumulation de preuves pourrait permettre de relancer des processus de justice condamnant les crimes commis sous le régime Assad. De 2020 à 2021 se tenait le procès de Coblence en Allemagne, le premier du monde à propos des exactions commises dans des prisons syriennes, et à l’issue duquel Anwar Raslan, directeur de la branche 251 des renseignements militaires, fut jugé coupable de crimes contre l’humanité et condamné à perpétuité. Deux ans plus tard, les Pays-Bas et le Canada étaient à l’origine d’une plainte contre le régime syrien pour torture devant la Cour internationale de justice. Les mois et années à venir pourraient voir se dérouler de nouveaux procès pour juger les horreurs commises dans les prisons syriennes.
Désormais, il semblerait que la réussite de la transition syrienne dépendra de la capacité du nouveau régime de Damas à démanteler les structures de répression de « l’État de barbarie » et à intégrer, par le dialogue et le respect des droits, les zones autonomes au Nord et à l’Est du pays dans un État unifié. En parallèle, la relance des poursuites internationales paraît cruciale pour mettre fin à l’impunité du régime d’Assad.
Bibliographie :
Amnesty International. (2025, 27 juin). Syrie. Les personnes victimes de torture à la prison de Saidnaya et dans d’autres centres de détention en subissent les conséquences dévastatrices sans bénéficier du soutien le plus élémentaire.
Pilar, D. P. S. (s. d.). Michel Seurat. L’Etat de barbarie. Persée. https://www.persee.fr/doc/polit_0032-342x_1990_num_55_3_3978_t1_0712_0000_3
Syria : Arrests, Torture by Armed Group. (2020, 28 octobre). Human Rights Watch. https://www.hrw.org/news/2019/01/28/syria-arrests-torture-armed-group
Foucault, M. (2014). Surveiller et punir. Naissance de la prison. Editions Gallimard.
Colombel, J. (1994). Michel Foucault : la clarté de la mort. Odile Jacob.
Rachida El Azzouzi (2024, 9 décembre ) L’effondrement de Saidnaya, « l’abattoir humain » du tyran Assad, est enfin survenu. Mediapart https://www.mediapart.fr/journal/international/091224/l-effondrement-de-saidnaya-l-abattoir-humain-du-tyran-assad-est-enfin-survenu
Rachida El Azzouzi (2025, 2 mars) Au Kurdistan syrien : « Si Ahmed al-Charaa est vraiment le président, il doit exiger des Turcs qu’ils cessent de nous attaquer ». Mediapart https://www.mediapart.fr/journal/international/020325/au-kurdistan-syrien-si-ahmed-al-charaa-est-vraiment-le-president-il-doit-exiger-des-turcs-qu-ils-c
Gwenaelle Lenoir (2024, 22 décembre) « Sans cela, nous ne réussirons pas à reconstruire ce pays » : en Syrie, l’urgence de collecter les preuves des exactions du régime. Mediapart
Myriam Benraad (2024) La Syrie : représailles « post-guerre civile »et rémanence du passé. Politique étrangère
United Nations, Independent International Commission of Inquiry on the Syrian Arab Republic. (2024, décembre). The Syrian government detention system as a tool of violent repression [Public redacted version December 2024]. https://iiim.un.org/wp-content/uploads/2024/12/IIIM_DetentionReport_Public.pdf